Christian VANDER : Mr Frise
Par Boum-Boum le Mardi 2 juin 2009, 00:00 - Lien permanent
“Ah wouaih…Vander ! Quel bourrin !”
Eh, bougre d’ectoplasme à la graisse de hérisson !
Tu connais la définition de bourrin pour un batteur ?
C’est pas qu’il tape fort. Ça n’a rien à voir, justement.
Un bourin, c’est quelqu’un qui croit que jouer de la batterie se résume à taper sur des fûts, pas en rythme et sans écouter les autres (si si ça existe…), ne vivant pas la musique qu’il fait et se croire, de surcroît bon parce que y’a pas à dire, être batteur c’est classe “tu peux pas comprendre-c’est le moteur du groupe, tu vois-c’est autre chose”. J’en connais plein.
Lui, c’est pas son cas…

Mais c’est quoi un batteur, au juste ? C’est quelqu’un qui fait de la peinture.
Mais malheureusement pour certains, après avoir peint l’air de leur tribal instrument, ils meurent étouffés dans leur vomi (cf. Led Zep-The Who…) ou pour les plus malchanceux, font des courses automobiles. Cf. Nick Mason dans Auto-Moto par exemple (oui, car la première fois que j’ai entendu parle de lui, c’était dans une émission de…voiture).

Vander lui, c’est l’inverse du bourrin. Il a la sensibilité.
Ce mec comprend la batterie.
Il lui parle. Il l’accompagne. Il sue en même temps qu’elle. La fait parler. Se taire.
Il l’a comprise.
En bon connaisseur de Stravinsky et de Bach, il part du principe que tout est rythme.
Allez…rapide flash-back.
Début de l’instrument à 11 ans.
Révélation : Art Blackley-Kenny Clarke jeu de cymbales et fraîcheur. Il les rencontre dès l’age de 3-5ans dans la maison parentale. Sa mère est dans le milieu musical.
Chet Backer : à 11 ans il lui apprend le 4/4. On trouve mieux comme prof…Et lui offre une batterie qu’il a ramassé au poker un soir.
Ce qu’il aime au tout début : le frisé d’Elvin Jones. Il essaie de reproduire les frisés d’après ses disques. Il ne savait pas ce que c’était. Et n’y arrivait pas aussi bien.

Pendant longtemps, il joue sur des disques en éteignant les lumières : Ray Charles par ex. (les binaires, ternaires). Non, non. C’est pas une blague.
Puis est arrivé John Coltrane…Il s’évertue à reproduire tous les sons de batterie de ses disques avec des trucs à portée de main.
Après, c’est la découverte de l’instrument.
Que voulait dire la batterie ? C’est quoi ? Qu’était-il entrain de faire ?
Ce qui l’importe pour le moment c’est restituer des masses sonores. Comment les faire. Et surtout les frisés…
Il ne savait pas faire les frisés comme Elvin… C’est en regardant et écoutant un jour Daniel Humair en studio, terminant un enregistrement, qu’il se dit “tiens c’est çà un frisé ?!”. Il rentre et met en pratique ce qu’il avait vu quelques heures plus tôt. Bingo ! Mr Frise est né.
Sauf que lui les fait…en triolet !
photo ci-dessus : Daniel Humair.
Cette technique, il va s’en servir plus tard sur les disques et en concert. C’est sa marque. Son bonheur. Son talent.
À côté,le jeu de mon Jeff Porcaro à l’envergure d’un Ringo Starr sur le White Album. Fastidieux. Absent.
Le corps ; lui aussi joue. Il est là, prêt à servir la musique. Dans n’importe quelle circonstance. Les gestes sont amples. La colonne vertébrale sert tous les gestes. La chevelure aussi.

Ah oui. Il chante aussi. Mais ce n’est pas le sujet.
Pour le reste, je laisse les critiques de disques sur l’étagère et me repasse K.A II.
J’aimerais pouvoir avoir ce son de batterie toute ma vie.